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Faits et chiffres

Faits et chiffres

L’illettrisme dans l’académie de Créteil mis en perspective

Le tableau hors-texte (disponible en pdf) présente de manière synthétique les données analysées dans cet article :

  • les résultats des tests effectués lors Journées défense et citoyenneté (JDC) en 2013 sur les jeunes français de 17 ans pour les trois départements de l’académie de Créteil, résultats comparés aux indicateurs régionaux et nationaux ;
  • les résultats de l’enquête Information et vie quotidienne menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (IVQ - Insee/ANLCI) fin 2011-début 2012, qui constituent les chiffres officiels de l’illettrisme en France sur la population des 18 à 65 ans.

Test JDC 2013 sur les jeunes franciliens de 17 ans

En 2013, 3 % des jeunes d’Île-de-France âgés d’environ 17 ans, soit presque 4 000 jeunes, ont été détectés en situation d’illettrisme, lors des Journées défense et citoyenneté (JDC – voir ci-dessous), contre 3,2 % en 2012 et 4,2 % en 2009. L’Île-de-France se situe ainsi au 4e rang des régions françaises, ex-aequo avec la Bretagne (1 121 jeunes concernés) et Midi-Pyrénées (972 jeunes), juste derrière la Corse (2,6 %, 68 jeunes), Rhône-Alpes (2,7 %, 1 998 jeunes) et l’Auvergne (2,8 %, 388 jeunes) – la moyenne des régions de métropole s’établissant à 3,5 %.

Au sein de la région francilienne, l’académie de Créteil se situe à un niveau de 3,7 %, avec 1 802 jeunes de 17 ans concernés en 2013, avant l’académie de Versailles, à 2,8 %, et l’académie de Paris, à 2 %. C’est donc bien dans l’académie de Créteil qu’il y a priorité à agir contre l’illettrisme, mais à un degré inégal entre les trois départements de l’académie :

  • Seine-et-Marne : 2,9 %, soit 515 jeunes de 17 ans concernés (contre 3,2 % en 2012 et 4,4 % en 2009) ;
  • Seine-Saint-Denis : 5,9 %, soit 976 jeunes de 17 ans (contre 5,5 % en 2012 et 7,4 % en 2009) ;
  • Val-de-Marne : 2,2 %, soit 311 jeunes (contre 3 % en 2012 et 4,6 % en 2009).

Alors que la Seine-et-Marne et le Val-de-Marne connaissent un taux inférieur à la moyenne francilienne, dans le département de la Seine-Saint-Denis l’illettrisme des jeunes qui viennent de sortir de l’obligation scolaire à 16 ans révolus atteint un niveau nettement plus élevé : en 2013, 976 jeunes ont été repérés en situation d’illettrisme dans le seul 93, contre 826 pour le 77 et le 94 cumulés.

L’évolution récente est même préoccupante : alors que depuis 2009, le taux d’illettrisme des jeunes de 17 ans de Seine-Saint-Denis suivait la tendance régionale à la baisse, en 2013 ce même taux repart dans le 93 à la hausse, passant de 5,5 % à 5,9 %, au rebours des deux autres départements de l’académie de Créteil – c’est avant tout le cas des garçons du 93 (6,6 % en 2013 au lieu de 6 % l’année précédente).

(source : ministère de la défense et des anciens combattants, direction du service national – ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, avril 2014).

Enquête IVQ 2011-2012 pour les Franciliens de 18 à 65 ans

Chiffres officiels (Insee/ANLCI)

Fin 2011-début 2012, selon l’enquête Information et vie quotidienne menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, le taux d’illettrisme parmi la population d’Île-de-France âgée de 18 à 65 ans et ayant été scolarisée en France est de 5 % et concerne donc 287 000 personnes (sans différence notable de proportion entre hommes et femmes), alors que ce taux est de 7 % pour l’ensemble de la métropole (9 % pour les hommes, 6 % pour les femmes). En 2004-2005, 461 000 personnes étaient en situation d’illettrisme en Île-de-France, soit un taux de 8 %.

S’agissant des jeunes franciliens de 17 à 20 ans, le taux estimé est de 4,6 % – plus proche des pourcentages de 4,3 %, puis de 3,2 %, des jeunes d’Île-de-France âgés d’environ 17 ans et repérés en situation d’illettrisme, lors des tests JDC 2011, puis 2012.

Des chiffres à relativiser

« En Île-de-France, deux tiers des personnes en situation préoccupante à l’écrit n’ont pas été scolarisées en France, soit deux fois plus que pour l’ensemble des personnes dans cette situation en métropole. » (Insee Première n° 1475, novembre 2013, p. 1). Ces personnes ne sont pas comptabilisées dans les personnes en situation d’illettrisme, en raison de la définition française de l’illettrisme :

  • pour la métropole, le pourcentage global est de 11 % pour les personnes en situation préoccupante à l’écrit, mais n’est que de 7 % pour les personnes ayant été scolarisées en France et donc officiellement considérées comme étant en situation d’illettrisme ;
  • pour l’Île-de-France, le pourcentage global est de 13 % contre… 5 % pour les personnes ayant été scolarisées en France – donc seules comptabilisées en situation d’illettrisme,
  • alors que, toujours en Île-de-France, 53 % des personnes ayant été scolarisées hors de France ou non scolarisées, non incluses officiellement dans l’illettrisme (alors qu’elles constituent 20 % de la population francilienne), ont des difficultés importantes à l’écrit ;
  • de fait, 72 %, soit presque les trois quarts des Franciliens ayant des difficultés importantes à l’écrit n’ont pas été scolarisés ou l’ont été à l’étranger et ne sont donc pas comptabilisés dans l’illettrisme.

Retour sur les instruments de mesure propres à la France

Les types d’outils disponibles n’utilisent pas exactement les mêmes paramètres, mais permettent de constater des évolutions à moyen terme.

L’enquête Information et vie quotidienne (IVQ) de l’Insee

L’enquête Information et vie quotidienne, conduite par l’Insee, procède par échantillonnage. Elle concerne la population française au sens des ménages vivant en France métropolitaine, composés de personnes âgées de 18 à 65 ans et ayant été scolarisées en France. Elle n’inclut donc pas les personnes hébergées dans des foyers ou incarcérées.
En 2004-2005, l’ANLCI a participé à l’enquête IVQ, qui a élaboré pour la première fois un indicateur synthétique des difficultés de la population française face à l’écrit (à partir de la mesure de trois compétences : reconnaissance/lecture de mots, écriture de mots, compréhension de textes simples, face à des situations de la vie quotidienne) :

  • valeur 1 : graves difficultés ;
  • valeur 2 : fortes difficultés ;
  • valeur 3 : certaines difficultés ;
  • valeur 4 : pas de difficultés.

Les personnes en difficulté importante face à l’écrit correspondent aux valeurs 1 et 2. Si elles ont été scolarisées pour leur formation initiale en France, elles sont considérées en situation d’illettrisme.

L’Insee avait déjà procédé dans les années 1990 à des enquêtes qui aboutissaient à des taux d’illettrisme deux fois moins élevés que ceux de l’enquête IVQ 2004-2005 : les enquêtes précédentes reposaient sur les déclarations des personnes à propos de leurs difficultés éventuelles à lire le journal ou à faire un chèque, alors que l’enquête de 2004-2005 était fondée sur les résultats d’exercices, ce qui diminue fortement le biais statistique antérieur dû au fait que les personnes concernées ont tendance à sous-estimer ou à taire leurs difficultés à l’écrit.

L’enquête a été renouvelée en 2011-2012, toujours avec le concours de l’ANLCI – près de 14 000 personnes ont participé à l’enquête, dont 1 600 en Île-de-France. Il s’agit comme en 2004-2005 de personnes vivant en France métropolitaine, âgées de 18 à 65 ans, ayant été scolarisées en France et constituant des ménages au sens de l’Insee ; ne sont donc pas prises en compte les personnes en résidence universitaire, en foyer ou en prison, hospitalisées, vivant dans des congrégations religieuses, sans domicile fixe.

  • 16 % de la population française, en moyenne (5 860 000 personnes), apparaissent en difficulté avec l’écrit (valeurs 1 à 3), soit moins que l’enquête Piaac 2012 (21,5 %) – et ce quel que soit leur type ou leur absence de scolarité antérieure [mais le taux est de 61 % parmi les personnes scolarisées hors de France dans une autre langue que le français et de 31 %  parmi les personnes scolarisées hors de France en français] ;
  • 11 % de la population (3 980 000 personnes) sont en difficulté grave ou forte avec l’écrit (valeurs 1 et 2), quelle que soit leur scolarisation antérieure ;
  • 7 % de la population (2 500 000 personnes) sont en difficulté grave ou forte (valeurs 1 et 2) après avoir été scolarisés en France – critère constitutif de la définition française de l’illettrisme.

7 % de la population française sont donc considérés en situation d’illettrisme (contre 9 % en 2004, soit 3 100 000 personnes : globalement, l’illettrisme a régressé en France entre 2004 et 2011). Comme dans l’enquête IVQ 2004-2005, il apparaît que « tous les illettrés ne sont pas des exclus » :

  • âge
    • 53 % de ces 2 500 000 personnes ont plus de 45 ans [30 % de 56 à 65 ans, 23 % de 46 à 55 ans, 23 % de 36 à 45 ans, 15 % de 26 à 35 ans, 9 % de 18 à 25 ans] ;
    • dit autrement, 12 % des 56-65 ans sont en métropole concernés par l’illettrisme (14,2 % des hommes, 9,4 % des femmes), 8 % des 46-55 ans (9,8 % des hommes, 6 % des femmes), 7,5 % des 36-45 ans (9,5 % des hommes, 5,6 % des femmes), 5,5 % des 26-35 ans (6,7 % des hommes, 3,9 % des femmes), 4 % des 18-25 ans (4,6 % des hommes, 3,7 % des femmes) – la proportion de personnes en situation d’illettrisme est donc plus forte pour les groupes d’âge les plus élevés, avec une différence qui se creuse avec l’âge selon le sexe ;
  • sexe
    • 60,5 % sont des hommes, 39,5 % des femmes ;
    • les hommes en métropole (9 % d’entre eux) sont plus souvent en situation d’illettrisme que les femmes (6 %) ;
  • territoires
    • 48,5 % vivent dans des zones rurales ou faiblement peuplées, 51,5 % dans des zones urbaines ;
    • 10 % des personnes en situation d’illettrisme vivent dans les zones urbaines sensibles, tandis que 14 % des personnes vivant en métropole dans les ZUS sont en situation d’illettrisme, soit le double du pourcentage moyen de la métropole (7 %) ;
  • emploi et minima sociaux
    • 51 % des personnes en situation d’illettrisme exercent une activité professionnelle, 17,5 % sont retraités, 13,5 % en formation ou en inactivité, 10 % au chômage, 8 % au foyer ;
    • 10 % des demandeurs d’emploi sont en situation d’illettrisme, contre 6 % de ceux qui sont dans l’emploi ;
    • l’illettrisme est plus présent dans le travail temporaire : 9 % des salariés intérimaires sont en situation d’illettrisme (plus 10 % des intérimaires relèvent du français langue étrangère et 4 % sont analphabètes : au total, 23 %, soit près d’un quart des salariés intérimaires ont des difficultés graves ou fortes avec l’écrit) ; 78 % des intérimaires en situation d’illettrisme sont des hommes ; 39 % des intérimaires illettrés travaillent dans l’industrie, 31 % dans le BTP (alors que seulement 20 % des intérimaires en général sont dans le BTP, secteur donc surreprésenté dans l’illettrisme), 12 % dans le tertiaire ;
    • 20 % des allocataires du RSA sont en situation d’illettrisme, soit le triple du pourcentage moyen de la métropole ;
  • langue maternelle
    • 71 % des personnes en situation d’illettrisme parlaient uniquement le français à la maison à l’âge de 5 ans ;
    • 6 % des personnes utilisant seulement le français à la maison à 5 ans sont en situation d’illettrisme, contre 16 % des personnes utilisant alors uniquement une langue étrangère ou régionale.

« L’enquête montre pour la première fois que les premières années qui suivent la sortie du système scolaire sont celles où les personnes fragilisées face à l’écrit risquent de plus en plus de perdre les quelques bases qu’elles ont pu acquérir en lecture et en écriture par manque de pratique et de sollicitation. »
(Enquête Insee/ANLCI 2011-2012, in L’évolution de l’illettrisme en France – des chiffres pour éclairer les décisions, ANLCI, 2013, et Synthèse de l’enquête IVQ dans l’intérim,FAF.TT/ANLCI, 2012).

Pour en savoir plus

Les tests des Journées défense et citoyenneté (JDC)

Les Journées défense et citoyenneté ont pris en 2010 le relais des JAPD (Journées d’appel de préparation à la défense), organisées depuis 1998 pour tous les jeunes âgés de 17 ans ou plus, filles et garçons, de nationalité française et résidant sur le territoire national. Soit plus de 750 000 jeunes en 2013. Ces journées incluent un test systématique de dépistage des difficultés de lecture, visant à repérer les jeunes français qui, ne relevant plus de la scolarité obligatoire, ont des difficultés de compréhension de l’écrit. Les statistiques issues de ces tests ne prennent donc en compte ni les jeunes français échappant au recensement ni les jeunes étrangers.

À noter que les tests ont été modifiés en 2004, puis modernisés et automatisés en 2009, les jeunes devant désormais répondre avec un boîtier électronique aux questions défilant sur un écran, ce qui rend les comparaisons délicates avec les années antérieures et « donne une mesure plus fine du niveau d’illettrisme chez les jeunes français » (MEN, DEPP).
Cinq profils sont ainsi définis, les deux premiers correspondant à la situation d’illettrisme (sévères difficultés de lecture), les deux suivants à de très faibles capacités de lecture :

  • profil 1 : pas de mécanisme efficace de traitement des mots écrits et compréhension très déficiente ;
  • profil 2 : déficit de compréhension lié à un niveau lexical très faible ;
  • profil 3 : niveau lexical correct, mais lecture laborieuse (manque d’automaticité dans le traitement des mots) ;
  • profil 4 : capacité de lecture à voix haute, niveau de lexique correct, mais compréhension insuffisante ;
  • profil 5 : lecteurs médiocres et lecteurs efficaces.

« Les résultats JDC permettent ainsi de mesurer le flux annuel de jeunes qui viennent grossir le stock des personnes en situation d’illettrisme. » (Prévention et lutte contre l’illettrisme, rapport adressé au Premier ministre du Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie, décembre 2013, p. 17).

L’évolution nationale depuis 2010 des pourcentages de jeunes repérés en difficulté de lecture, dont ceux en difficulté grave et donc considérés comme en situation d’illettrisme, correspond à une baisse légère mais régulière d’année en année : 10,8 % en 2010 (dont 5,1 % en difficulté grave) ; 10,4 % en 2011 (dont 4,8 %) ; 9,9 % en 2012 (dont 4,4 %) ; 9,6 % en 2013 (dont 4,1 %). Une baisse qui vaut pour les deux sexes : durant la même période, les garçons en grave difficulté passent de 5,9 % à 4,6 %, les filles de 4,2 % à 3,6 %.

La Seine-Saint-Denis fait exception à cette tendance, avec une nouvelle hausse constatée en 2013 : alors que 15,3 % des jeunes étaient en difficulté en 2010, 13,3 % en 2011 (dont 6,4 % en grave difficulté) et 12,2 % en 2012 (dont 5,5 %), le pourcentage constaté en 2013 s’élève à 12,7 % (dont 5,9 %).

En Île-de-France, « tous les jeunes détectés en difficulté de lecture et souhaitant être aidés sont signalés et orientés vers les structures pouvant leur apporter un soutien. Ainsi il est proposé aux jeunes – déscolarisés, sans emploi, sans diplôme – une orientation vers les missions locales, vers les Établissements publics d’insertion de la défense (Épide), vers la Mission générale d’insertion (MGI). » (« Journée Défense et Citoyenneté (JDC) : une opportunité, en Île-de-France, pour les jeunes repérés en difficulté de lecture », Info Carif Décryptage n° 4, GIP Carif, avril 2012, p. 1).
Pour en savoir plus

  • « Journée Défense et Citoyenneté 2013 : des difficultés en lecture pour un jeune Français sur dix », Note d’information n° 12, MEN, DEPP, avril 2014. Synthèses précédentes : 2012, 2011, 2010, 2009, 2008
  • Chiffres régionaux et Chiffres départementaux des jeunes testés en situation d'illettrisme lors des Journées défense et citoyenneté de 2006 à 2013, ANLCI/MEN-DEPP/ministère de la Défense, 2014.
  • « Mesure comparée de l'illettrisme : une expérimentation INSEE-ANLCI », de Jean-Pierre Jeantheau et Valentin Guillon, INSEE Haute-Normandie/ANLCI, 2010. Une comparaison du fonctionnement en 2008 des tests IVQ et des tests JAPD sur un même groupe de 332 jeunes ayant accepté de passer les épreuves IVQ en plus des épreuves JAPD : 79 jeunes peu rapides au test JAPD réussissent mieux aux épreuves IVQ ; inversement, 51 jeunes sont en difficulté à l’écrit selon IVQ, mais réussissent mieux au test JAPD ; 62 jeunes sont en forte difficulté dans les deux tests. « En pratique, les deux dispositifs ne repèrent que partiellement les mêmes populations, les jeunes en situation de très grande difficulté. L’enquête IVQ comporte un module écrit extrêmement discriminant, les jeunes qui ne sont plus scolarisés sont très défavorisés. Les épreuves aux JAPD ne font pas appel à l’écrit mais uniquement à la lecture et la compréhension, avec une notion importante de maîtrise des mécanismes de lecture qui comporte des éléments de rapidité. »

Les études de la DEPP du ministère de l’éducation nationale

Outre les évaluations régulières des élèves de CE2 et de sixième, la DEPP du MEN publie des études qui ont un lien avec la prévention de l’illettrisme. Par exemple la Note d’information n° 13.07 de la DEPP (mai 2013), en mars 2012, sur « L’éducation prioritaire – État des lieux » :

  • dans les collèges publics hors éducation prioritaire, 75,4 % des élèves de troisième maîtrisent les compétences de base en français (80,3 % en 2007),
  • contre 63,1 % des élèves de troisième des collèges en réseau de réussite scolaire (70,5 % en 2007)
  • et seulement 42,4 % des élèves de troisième (54,8 % en 2007) des collèges du programme Éclair (Écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite).

Quels sont les instruments de mesure internationaux ?

Paradoxalement, certaines sources internationales, comme les enquêtes Pisa, sont plus médiatisées en France que les outils statistiques spécifiquement français.

« En l’absence d’autres données, on a longtemps utilisé la scolarité pour mesurer et quantifier d’abord l’analphabétisme. Ainsi, selon l’Unesco, en 1958 sont considérées comme analphabètes les personnes ayant moins de neuf années d’études. Plus précisément, les analphabètes complets ont de zéro à quatre années d’études et les analphabètes fonctionnels, de cinq à huit années d’études. La notion induit une opposition entre personnes analphabètes et personnes alphabétisées. (En 2003, la définition étant rendue publique en 2005, l’Unesco utilise le concept d’alphabétisme.)

Si la scolarité demeure associée au niveau de compétence en littératie des adultes, cette mesure à elle seule s’est cependant avérée insatisfaisante parce qu’elle n’en constitue qu’un indice. En effet, dans un groupe de personnes ayant des niveaux semblables de scolarité, il est possible d’observer des différences importantes. La durée des études ne “fixe” pas définitivement les compétences en lecture et en écriture. On peut aussi apprendre à lire et à écrire ailleurs qu’à l’école et ne plus maîtriser une compétence acquise ou intégrée, faute de l’utiliser. […] La scolarisation constitue un indicateur de la durée de la fréquentation scolaire, mais ne dit rien des compétences acquises. […]

Depuis 25 ans, on a donc cherché à donner une mesure plus directe des compétences individuelles avec des tâches de lecture plus ou moins complexes, à l’aide de documents de la vie de tous les jours, afin d’obtenir des résultats qui traduisent des niveaux de compétence. Le concept a été redéfini pour mieux cerner les compétences réelles des adultes, autrement qu’à partir de la scolarité ou d’une autodéclaration de compétences, facilitant ainsi des comparaisons entre régions et pays. » (Un engagement collectif pour maintenir et rehausser les compétences en littératie des adultes, avis du Conseil supérieur de l'éducation du Québec, septembre 2013, p. 7).

Pour en savoir plus

  • « Comparaisons internationales », dossier d’Éducation & formations n° 78, novembre 2008. En particulier : « Le niveau d’huile, le moteur et la voiture : les enjeux d’une évaluation de la qualité de l’enseignement par les indicateurs » de Norberto Bottani, p. 9-22 ; « La mesure de la littératie dans Pisa : la méthodologie est la réponse, mais quelle était la question ? » de Pierre Vrignaud, p. 69-84 ;

L’enquête IALS 1994-1998 (International Adult Literacy Survey)

Cette enquête a été menée de 1994 à 1998 dans vingt États membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) sur la « littéracie » des adultes. Ses résultats ont surpris, multipliant par trois ou quatre le taux d’illettrisme admis par certains pays – la France s’est même retirée de l’enquête.

« Plusieurs pays, européens notamment, ont pris leurs distances face à ce mode d’évaluation inspiré des pratiques anglo-saxonnes. […] Des personnes dotées d’un niveau d’études élevé se retrouvaient qualifiées d’un niveau de compétence très bas, en partie parce qu’elles avaient refusé de se plier à la règle de l’évaluation. […] Plusieurs enseignements peuvent ainsi être tirés des enquêtes précédentes et orienter sur la mise en place d’un protocole alternatif d’évaluation. […] L’expérience de l’enquête IALS révèle que des items apparaissant trop difficiles pour certains, ou parfois trop faciles pour d’autres, avaient des conséquences importantes sur les comportements individuels de réponse, et biaisaient ainsi l’évaluation des performances. » (« Une évaluation des compétences sur l’écrit : l’enquête “Information et vie quotidienne” » de Jean-Marie Besse et France Guérin-Pace, Économie & Humanisme n° 363, décembre 2002, p. 17-18).

« D’après IALS, 40 % des personnes interrogées dans un échantillon français en âge de travailler ayant un score inférieur à 225 sont des personnes assimilées à des personnes en situation d’illettrisme. [...] Parmi les résultats, on a surtout retenu les pourcentages, parfois extrêmement élevés, de citoyens de chaque pays figurant au niveau le plus bas et donc considérés comme en difficulté avec l’écrit. Le module IALS a donné naissance […] par réaction en France à l’enquête IVQ. » (Jean-Pierre Jantheau, réunion Desco/ANLCI des 8 et 9 décembre 2003).

Pour en savoir plus

  • « L’évaluation des compétences des adultes : des méthodes en plein développement » de Fabrice Murat, in « Comparaisons internationales », dossier d’Éducation & formations n° 78, novembre 2008, p. 85-96. Des problèmes méthodologiques de l’enquête IALS à l’enquête IVQ.
  • « La France compte-t-elle vraiment 40 % d’illettrés ? » d’Alain Blum, France Guérin-Pace, La Recherche n° 336, 2000, p. 80-83.

Rapport du Parlement européen de 2002

« 10 à 20 % de la population adulte (16-65 ans) de l’Union sont incapables de comprendre et d’utiliser les imprimés ou écrits nécessaires à la vie quotidienne en société » (Rapport A5-0009/2002 du 15 janvier 2002 de la Commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen sur l’illettrisme et l’exclusion sociale).

L’enquête PIRLS 2011 (Progress in International Reading Literacy Study)

Cette enquête, organisée par l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement/Association internationale pour l’évaluation des compétences scolaires), concerne les performances en lecture des élèves en fin de 4e année de scolarité obligatoire, quels que soient leur âge, leur parcours et l’organisation du système éducatif, soit en France les élèves de CM1 (environ 10 ans en moyenne).

Quatre compétences en lecture sont définies :

  • « prélever » des informations explicites,
  • « inférer », faire des inférences directes,
  • « interpréter » et assimiler idées et informations,
  • « apprécier », examiner et évaluer le contenu, la langue et les éléments textuels.

Trois enquêtes ont été menées, en 2001, 2006 – et en 2011, avec cette fois 54 pays concernés (dont 31 déjà en 2006 et 23 en 2001).

« L’enquête internationale PIRLS [2006] situe la France dans un rang médian, avec un score supérieur à la moyenne et des variations importantes selon le type de support de lecture : les élèves français obtiennent un score meilleur sur des textes de type narratif alors qu’ils se situent moins bien dans la comparaison internationale, en ce qui concerne la compréhension de textes à caractère informatif. » (L’illettrisme au xxie siècle – Causes, conséquences… Comment lutter efficacement ?, Le cercle École et Société, carnet de propositions n° 7, décembre 2006).

Dans l’étude internationale PIRLS 2011, menée en France dans un échantillon de 174 écoles (4 438 élèves au sein de 277 classes), « les élèves français obtiennent un score moyen de 520, […] au-dessus de la moyenne internationale fixée à 500 » – la France se place en 29e position sur 45 pays. « En 2001, le score global de la France était de 525, en 2006 de 522. »

Derrière ce score moyen de 520 en 2011, le type de scolarisation n’obtient pas le même score : 523 pour les écoles publiques hors éducation prioritaire, 531 pour les écoles privées, 480 pour les écoles publiques en éducation prioritaire.

Mais « les résultats français se retrouvent en-deçà de la moyenne des pays voisins, des pays de l’Union européenne [534] ou des pays de l’OCDE [538]. » « Quatre pays se partagent les meilleurs résultats : Hong Kong, avec un score de 571, la Fédération de Russie (568), la Finlande (568) et Singapour (567). »

« Si l’on ordonne tous les élèves des pays européens ayant participé à PIRLS en fonction de leur score et que l’on découpe cet ensemble en quatre groupes de même taille, on note que les élèves français se trouvent surreprésentés dans le groupe le plus faible : 32 % contre 25 % et, à l’inverse, qu’ils sont sous-représentés dans le groupe de plus haut niveau : 17 % contre 25 %. Ces données n’ont pas évolué depuis 2006. […]

Le score moyen global de la France masque bien sûr des performances variables selon les activités proposées. […] Parmi les 17 items pour lesquels les élèves français ont des performances significativement supérieures aux autres élèves européens, les items relevant des compétences “Prélever” et “Inférer” sont surreprésentés […], tout comme ceux qui sont en format de QCM […]. Parmi les 69 items pour lesquels les élèves français ont des performances significativement inférieures aux autres élèves européens, ceux relevant des compétences “Interpréter” et “Apprécier” sont surreprésentés […], tout comme les items qui imposent un format de réponse construite […], de même que les items issus des textes à caractère informatif […]. Alors que [, en France,] les performances sur la lecture des textes narratifs sont restées relativement stables, les performances qui concernent la lecture des textes de type informatif ont diminué depuis 2001 (– 13 points), effaçant ainsi les différences de performances observées entre les deux types de textes en 2001 et 2006. […]

Pour la France, on observe une asymétrie de l’évolution des performances sur dix ans. Le score moyen des compétences “Prélever” et “Inférer”, les moins exigeantes, restent relativement stables sur la décennie, alors que les compétences “Interpréter” et “Apprécier”, plus complexes, voient leur score moyen diminuer sur la même période (– 11 points). […]

Comme en 2001 et en 2006, la France se distingue des autres pays par l’amplitude [d’un autre] phénomène. Le taux d’absence de réponse des élèves français est de 1,9 % pour les QCM alors qu’il est six fois plus élevé lorsqu’il s’agit de productions écrites. Ce taux est même multiplié par huit lorsque l’exigence de longueur de la réponse attendue est la plus forte ; il s’agit du plus fort taux d’absence de réponse parmi les pays européens. […]

Si les élèves français sont les plus nombreux au sein des pays européens à s’abstenir de répondre, ils sont aussi les plus nombreux (avec les élèves belges) à ne pas terminer les épreuves qui leur sont proposées En moyenne, pour chacun des textes, 6,7 % des élèves français ne vont pas jusqu’au bout de la quinzaine de questions posées. C’est sept fois plus que les élèves finlandais, néerlandais ou irlandais du Nord. »

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L’enquête Pisa 2012 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves)

Cette enquête est commanditée par l’OCDE dans plus d’une trentaine de pays du monde. En France, elle est menée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère chargé de l’éducation nationale, auprès des élèves de 15 ans, français ou étrangers, scolarisés en France. Elle vise à mesurer leur capacité à utiliser leurs connaissances et compétences pour « relever les défis du monde réel » en lecture et écriture, mathématiques et sciences.

Dans Pisa, la définition de la littératie selon l’OCDE – « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités » – présente des différences avec la notion de lecture dans l’enseignement français.

En moyenne, dans l’enquête Pisa 2000, 6 % des élèves nés en 1984 des 32 pays étudiés ne peuvent pas prélever une information simple dans un texte court et 11 % ne maîtriseraient pas l’ensemble des compétences de base en littératie.

« L’enquête internationale évaluant les acquis des élèves de 15 ans dans le domaine de la compréhension de l’écrit ne s’attache pas aux contenus proprement dits ni aux programmes scolaires des différents pays participants mais davantage aux compétences mobilisables dans le cadre de la vie courante. Trois compétences sont évaluées :

  • “S’informer” suppose que les élèves sont capables de puiser les éléments requis dans un ou plusieurs documents.
  • “Interpréter” implique l’aptitude à synthétiser et à traiter l’information.
  • Enfin, “réagir” exige que le texte soit analysé du point de vue de sa forme et de son contenu.

Les élèves français réalisent sur l’ensemble de l’épreuve des performances proches de la moyenne des pays de l’OCDE. Cependant, ces résultats sont contrastés selon la compétence visée : bons sur “s’informer”, ils sont moyens à “interpréter” et plus faibles à “réagir”.

Au niveau international, la Finlande obtient les meilleurs résultats. […] En revanche, l’Allemagne et les pays de l’Europe de l’Est et du Sud réussissent globalement moins bien l’épreuve proposée. » (« Que sait-on des compétences en lecture des jeunes ? » d’Isabelle Robin et Thierry Rocher, DPD du MJENR, Économie & Humanisme n° 363, décembre 2002, p. 28).

Les résultats de l’enquête Pisa 2012 sont synthétisés par la DEPP du MEN :

« En compréhension de l’écrit, le score moyen de la France reste stable entre 2000 et 2012, mais pour la première fois depuis 2000, la moyenne de la France est significativement au-dessus de celle des pays de l’OCDE. »

Mais cette stabilité n’est qu’apparente –  c’est en fait la résultante d’une nette augmentation des effectifs aux deux extrémités de l’échelle : les élèves à faible niveau sont passés de 15,2 % à 18,9 %, ceux de haut niveau de 8,5 % à 12,9 %. Ce qui correspond à un accroissement des inégalités scolaires.

« L’enquête Pisa souligne par ailleurs que [la France] est l’un des pays dans lequel il existe une forte dépendance entre les résultats scolaires et l’origine sociale des élèves. » (Prévention et lutte…, CNFPTLV, 2013, p. 24).

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L’enquête Piaac 2012 (Program for International Assessment of Adult Competencies/Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes)

L’enquête Piaac, coordonnée par l’OCDE, a pour objectif d’évaluer les compétences fondamentales de la population adulte dans le traitement de l’information (informations contenues dans des textes écrits ; informations chiffrées et idées mathématiques). Elle succède à deux autres enquêtes de l’OCDE : l’EIAA 1994 (Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes) et l’EIACA 2003 (Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes).

L’enquête Piaac a été menée en 2011 et 2012, auprès de plusieurs milliers de personnes de 16 à 65 ans dans chacun des 24 pays concernés – en tout, 166 000 individus ont été interrogés. En France, quelque 7 000 personnes ont été interviewées entre septembre et novembre 2012. L’enquête Piaac estime à 21,6 % la part de la population française ayant un faible niveau de compétences dans le domaine de l’écrit – la proportion des adultes de plus de 45 ans concernés étant supérieure à celle des plus jeunes. La France se situe ainsi à la 15e place, la moyenne des pays de l’OCDE participants étant de 15,5 %.

« Les compétences en littératie et en numératie des Français se situent parmi les plus basses des pays participant à l’évaluation. Mais les différences de compétences entre générations sont assez marquées par comparaison avec les autres pays. […] Les mauvaises performances de la France [sont] en bonne partie imputables aux résultats des 45-65 ans, tandis que les 16-44 ans obtiennent des scores plus proches de la moyenne (bien que toujours inférieurs à cette dernière). Plus l’âge augmente, plus les scores obtenus s’éloignent de la moyenne de l’OCDE. » (« France : Évaluation des compétences des adultes – Premiers résultats », OCDE, 2013).

« Les scores des Français varient sensiblement en fonction de leur niveau de formation et de leur origine sociale, et dans une mesure bien plus importante que dans la moyenne des pays participants. […]

  • Alors que les résultats des individus qui n’ont pas terminé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire se situent 14 points en dessous de la moyenne OCDE, ceux des diplômés de l’enseignement supérieur sont très proches de cette moyenne.
  • […] La performance globalement faible de la France par rapport aux autres pays participants est liée aux résultats obtenus par les individus dont aucun des parents n’a fait d’études supérieures : les résultats des Français dont au moins un des parents a fait des études supérieures se situent dans la moyenne de l’OCDE. » (Ibid.).

« Les différences de compétence en littératie entre les individus nés en France et ceux nés à l’étranger sont plus marquées que dans la moyenne des pays participant à l’évaluation, et la progression des compétences avec la durée de résidence dans le pays est très limitée. […] Ce constat souligne l’importance des politiques de formation visant à aider l’intégration des immigrés dans la vie économique et sociale du pays. » (Ibid.).

« Ces résultats mettent en cause la formation continue qui est moins répandue en France qu’ailleurs. Mais aussi le milieu du travail qui est moins stimulant. En Allemagne par exemple, on peut devenir ingénieur quand on entre dans l’entreprise. Il y a des possibilités de formation, ce qui n’est pas le cas en France. Cela rejaillit sur l’intelligence des tâches qui sont confiées aux salariés. Donc ces résultats incriminent tout le marché du travail. Quand on n’est pas stimulé, on désapprend avec l’âge. […] Les jeunes sont bien meilleurs. Le message, c’est que c’est heureux qu’on ait ouvert le système éducatif. L’enquête interroge davantage le mode du travail, son organisation. […] C’est notre organisation du travail qui aboutit aussi à ces résultats. On s’est longtemps méfié de l’intelligence des salariés. On le paye. » (« PIAAC, Marie Duru-Bellat : Les résultats interrogent le monde du travail plus que l'École », propos de Marie Duru-Bellat, recueillis par François Jarraud, Le Café pédagogique, 9 octobre 2013).

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